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publié par le 11/02/2012 | mis à jour le 14/02/2012 | retour à la liste Article
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Rencontre avec Imane Ayissi

En quelques mots, qui est Imane Ayissi?

C’est difficile de définir une personne en quelques mots, surtout quand il s’agit de soi. Je suis quelqu’un de créatif, et aujourd’hui ma créativité se déploie surtout dans la mode, et également dans l’écriture.

Votre parcours?

J’ai commencé comme danseur dans la troupe familiale et ensuite au Ballet national du Cameroun et mannequin amateur. Je voulais parfaire mon expérience, je suis donc venu vivre en France. La route n’a pas été facile mais certaines rencontres m’ont ouvert d’autres portes. J’ai été danseur pour Yannick Noah, Mylène Farmer. Le mannequinat a été plus difficile puisqu’il a fallu s’adapter à un marché limité pour les noirs et s’introduire dans un milieu quasi fermé. Mais à force de travail, et de persévérance, j’ai pu défiler pour des grands noms comme Lanvin, Pierre Cardin, Dior, Yves Saint-Laurent pour ne citer que ceux là.

Le mannequinat c’est un temps c’est un métier éphémère dans lequel il faut savoir par la suite rebondir. J’ai fait douze ans de carrière dans le mannequinat, à mon tour je crée à ma façon en gardant une pointe d’identité qui me caractérise : mes origines…

Comment et quand avez-vous découvert votre passion pour la mode?

Je me suis intéressé à la mode très tôt, dès l’enfance j’essayais de dessiner et je transformais des vêtements de ma mère. Plus tard j’ai travaillé pour Blaz Design, une des marques textiles importantes du Cameroun et pour la créatrice Madé Jong.

Mon premier défilé à Paris s’est déroulé en 1993, je n’avais aucun moyen à l’époque, mais je voulais y arriver et j’en ai mis plein la vue avec plus d’une centaine de robes à pois, ce qui rétrospectivement me fait encore rire. Aujourd’hui, je continue à créer des collections couture, mais aussi du prêt-à-porter de luxe, et je crois que je suis un peu plus inséré dans le circuit professionnel de la mode internationale…

De quoi vous inspirez-vous pour créer, réaliser vos créations?

Tout ce qui passé à ma portée, qui se trouve sous mes yeux peut m’inspirer. Bien sûr l’Afrique reste une inspiration qui revient assez régulièrement. L’Afrique traditionnelle, authentique comme l’Afrique contemporaine m’inspirent. Visiter les musées européens avec tous ces chefs d’œuvres africains, sculptures, masques, statuettes, est toujours pour moi un grand plaisir et une source constante d’inspiration.

J’ai la chance de me rendre régulièrement dans différents pays africains, et l’énergie, la débrouillardise de la rue africaine sont pour moi toujours très inspirants. Ensuite il est difficile d’expliquer précisément comment ces ambiances, ces corps, ces attitudes, cette vie de tous les jours, si particuliers et riches en Afrique, se retrouvent dans mon travail, c’est le mystère de la créativité, mais ils m’accompagnent dans toutes mes créations.

Mais je voyage aussi dans les pays européens, je suis allé plusieurs fois au Japon, au Canada à chaque fois ces découvertes ont été source d’inspirations. Un sujet d’actualité, une photo, une situation dans la rue peuvent me donner envie de démarrer une collection. Après tout le travail va être de mettre cette idée en forme, de le traduire de manière cohérente en vêtements tout en restant fidèle à son style, son esthétique.

Que vous apporte des plateformes comme Facebook pour faire parler de votre passion?

Aujourd’hui les sites comme Facebook sont des moyens de communication qui ont pris une importance énorme même s’ils ne sont pas parfaits, parce que souvent un peu simplistes. Je dois avouer que j’utilise facebook surtout pour rester en contact avec des amis qui sont loins et pour pouvoir partager mon travail, mais aussi mes coups de coeur, mes questionnements du moment.

Quels sont vos stylistes actuel(le)s préféré(e)s ?

Azzedine Alaïa qui est un maître hors catégorie, Alber Elbaz chez Lanvin qui a su moderniser le chic couture, Rick Owens et Damir Doma parce qu’ils réfléchissent à la mode du future et à un nouveau rapport féminité/masculinité. Parmi les créateurs d’origine africaine, j’aime beaucoup la démarche de Sakina M’sa et sa façon d’aborder la mode, et Xuly Bët qui a inventé un vestiaire urbain contemporain.

Vos coups de cœur du moment en terme de tendance mode accessoires pour l' hiver?

Je ne m’occupe pas tellement de tendance mais plutôt de style. Ce qui m’intéresse c’est le discours de créateurs qui ont un vrai point de vue, donc j’aurais du mal à donner des conseils tendances.

Que pensez-vous de l'essor de la mode africaine à Paris, et plus généralement dans le monde ?

C’est difficile de parler d’essor, je crois qu’on peut à peine parler d’émergence : il n’y a aucun créateur africain qui pour le moment ait réussi à construire une marque qui pourrait se comparer aux géants européens, américains ou japonais. En ce qui concerne la mode africaine tout reste à construire , même si bien sûr des créateurs et des marques très intéressantes apparaissent, plutôt d’ailleurs dans les pays d’Afrique Anglophones. Ce qui se passe en Afrique du Sud ou au Nigéria est un bon exemple.

Avant de parler d’essor ou de succès, il faudrait apprendre à regarder la réalité en face. La réalité c’est que, alors que l’Afrique est un producteur de la fibre la plus utilisée dans le monde, le coton, aucune réelle industrie textile moderne n’existe sur ce continent alors qu’il y a de la matière première et de la main d’oeuvre. Il faudrait que les africains arrêtent de se bercer d’illusion, et pensent qu’ils peuvent se mesurer du jour au lendemain avec des marques qui existent depuis 100 ans comme Lanvin, Hermès, Vuitton ou Chanel. Il serait plus productif de réfléchir, de faire un bilan des possibilités, des opportunités et des problèmes pour mettre en place une stratégie, créer des strucutures …etc. Mais pour cela encore une fois il faut regarder les choses en face, pas donner une importance démesurée à quelques succès isolés et il faudrait se mettre au travail, que les riches africains acceptent d’investir dans des projets sur le continent et commencent à consommer africain.

Quels sont vos projets sur le court terme?

La nouvelle collection automne-hiver 2012-13.

Sur le long terme ?

Un nouveau livre de contes, et peu à peu faire grandir ma marque.

Sur l'actualité en général, un coup de cœur ou un « coup de gueule » ?

Les périodes d’élection présidentielles, la course au pouvoir, que ce soit en France, au Sénégal, aux Etats Unis ou ailleurs font ressortir ce qu’il y a de pire chez les gens. L’amour du pouvoir à tout prix est partagé par tous les continents…

Un message à faire passer aux Zenabanautes (internautes qui surfent sur Zenaba) qui désirent se lancer, tout comme vous, dans l'univers du stylisme ?

Etudiez, Etudiez, Etudiez. Le secteur de la mode est de plus en plus professionel et exigeant, il faut donc une formation solide, de la culture, des connaissances techniques précises et comprendre comment fonctionne cette industrie aujourd’hui complètement mondialisée.

Jessica Barre

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